Et une bougie pour les Minutes de Lumière !

Chères visiteuses, chers visiteurs, amatrices et amateurs de mes humbles Minutes de Lumière en Plus, vous ne vous en êtes sans doute pas rendu compte parce que vous avez bien d’autres chats à caresser et que moi-même je ne suis pas très cador en fêtes d’anniversaires mais voilà un an, à quelques fils mal cousus près, que ces minutes ont commencé leurs tours de cadran. Un an que l’excellente agence lyonnaise La Mobile affaire et sa capitaine de vaisseau Sylvie Russo, m’a lâché la bride dans l’internette pampa, les yeux humides comme une femme de marin. Oui, je mélange les métaphores mais c’est l’émotion.

Je suppose qu’elle a réduit sa dose de Doliprane, par ailleurs en rupture de stock ces jours-ci (ceci explique-t-il cela ?), après m’avoir expliqué soixante-sept fois en distanciel que, lorsqu’on se pique de créer un site, ou un blog (mais je n’aime pas le mot blog, c’est moche, on dirait un rot mal vécu), je préfère être un vagissant babysiteur) : « on ne remplace pas, on ajoute ».

Depuis un an donc cette phrase m’obsède. J’y pense au moins une fois par jour. Parfois, muni de ce viatique, lorsque j’ai une faiblesse, un coup de mou, que j’ai plus de pétole que d’idées, je me dis à haute voix, les poings sur les hanches, les jambes légèrement écartées solidement tanquées (c’est de là que vient le mot pétanque, j’aime bien faire péter ma culture sportive) : « Pierre, ne remplace pas, ajoute ! »

J’ajoute donc une bougie, ce qui en fait une en tout. Là c’est facile. Il n’y avait rien à remplacer.

Changement de planète

Quand on débarque tout droit de la planète Gutenberg, le saut est vertigineux. Longtemps je ne me suis pas couché de bonne heure, ça c’est certain, mais longemps j’ai surtout été incapable de me concentrer sur un écran. Les mots se diluaient dans la transparence. Le sens s’évaporait au fur et à mesure que les phrases s’autodétruisaient sous mes yeux. C’est un peu comme les souffleries des toilettes, je n’y mettrai jamais les mains. J’ai trop peur d’être aspiré. Comme Alice au pays des Merveilles mais sans merveilles et sans lapin.

Mon directeur de rédaction au Parisien week-end, Nicolas Charbonneau, l’a bien compris qui m’a accueilli dans ses pages : « donnons-lui un peu de papier à grignoter sinon il va dépérir ». Il m’a fait un édito à prendre matin, midi et soir. Jérôme Garcin aussi est venu à la rescousse dans l’Obs. A chaque fois que je fais des bêtises, Jérôme est là.

Une chose est certaine, un an après ce lancement interstellaire, accompagné du merveilleux soutien de mes parraines et mes marins, ça ne se fait pas de ne pas encore savoir utiliser la Newsletter. J’y travaille… Enfin, on ne va pas se mentir, je n’y travaille pas tellement. Je suis un romantique. Je n’ai rien contre la valeur temps.

Courteline inédit

Elle me constitue. Je la sens onduler en vaguelettes sous ma peau. La patience me plaît. Je ne parle pas d’attendre un métro qui ne vient pas. Non, ça, ça m’énerve. Mais une forme à l’horizon et même si c’est un mirage, oui. La patience représente ce qui nous ouvre le cœur en grand. Et paradoxalement, on peut faire pousser beaucoup de belles choses sur cet échange entre Estragon et Vladimir qui m’est fondamentalement constitutif chez Beckett : « Qu’est-ce qu’on fait ? – On attend. – Oui mais en attendant ? » La première fois que je l’ai lue, j’ai cru que mon cerveau se découvrait une pièce en plus.

Couverture Courteline Les Linottes

En attendant, je suis honoré des rencontres que mes ‘Minutes’ m’apportent. Auteurs, éditeurs, lecteurs. La vie, quand elle ne va pas trop mal son chemin, est un chapelet de rencontres et je voudrais saluer à cet égard le formidable travail que fait, à Montreuil, Arnaud Frossard, fondateur des éditions de la Grande Batelière qui vient notamment de publier… un roman, mais oui, inédit, de Georges Courteline : Les Linottes (168 pages, 13€)

Obsession Cronenberg

La littérature menant à tout à condition d’en sortir (puis d’y revenir), ça ne se fait pas de ne pas chaleureusement remercier Thomas Aïdan et toute l’équipe de « La Septième Obsession », épatantissime revue bimestrielle de cinéma, dense, agréable au toucher ( ça compte la sensualité ), et d’une totale qualité d’impression, de l’attention qu’elle a de me l’envoyer.

Couverture La Septième Obsession

Je le jure après tous ces complimens inflationnistes, je ne connais personne dans la boutique si j’excepte, à peine Xavier Le Herpeur, lequel réalise sur France Inter le samedi soir une émission plus que réussie sur les séries. Moi qui déteste les séries, je prends grand plaisir à ce rendez-vous, comme quoi…  Voici, à quelques encâblures de Cannes, ce numéro 40 qui consacre sa Une à David Cronenberg. On n’en fait plus des dossiers comme ça ! Enfin, si, chez « La Septième Obsession ». 90 pages, 6,90€

Petite Mary deviendra grande !

Tant qu’à effleurer d’autres rivages, un petit mot de musique. Et d’abord sur un type que je connaissais pas il y a encore quelques semaines et dont j’écoute désormais en boucle une de ses chansons, « La rose et l’armure » sur l’album « Roi du silence », chez Universal Il se nomme Antoine Elie, né à Rouen.

Il y a belle lurette, oui je parle comme Macron, que je n’ai entendu un refrain aussi envoûtant, tant par la mélodie que par les paroles. Une grande poésie, de vrais textes avec des rimes solides de sens. La mélancolie en bandoulière mais j’aime la mélancolie. Ca me booste, comme on dit en bon français. La mélancolie et le sens. Il est donc tout aussi opportun de filer un petit coup de pouce à Mary Bach qui sort, sous le titre “Du sens SVP” (Edma Prod) un premier album de six chansons. Mary vit en secteur bordelais. Elle a 23 ans. elle est la fille de la comédienne Olivia Lancelot, laquelle est elle-même celle de Hubert Lancelot, Compagnon de la chanson. Le papa de Mary s’appelle Christophe Bach. Il est musicien – avec Olivia, ils ont notamment fabriqué un remarquable spectacle sur les textes de Boris Vian. Il signe ici d’enveloppants arrangements. Et pas à la papa.

Mary Bach. Photo Claire B. Studio

Il y a parfois quelque chose dans les textes de Mary, notamment ‘Alice’, le quatrième titre de l’album, qui rappelle la fougue de François Béranger que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître mais que les un peu plus de 40, qui sont allés écouter le très lucide et social « Tranche de vie », le très romantique « Natacha » ou « Le tango de l’ennui » (double album en public 1998) pas oublié. Sinon cette quête de sens s’accorde assez bien à la fragilité et aux incertitudes de l’amour. Mary s’en va désormais en tournée. Après avoir assuré, le soir de ses vingt ans, la première partie du concert d’Agnès Jaoui, puis enchaîné avec Musicalarue, joue le 21 mai aux rencontres d’Astaffort chez Cabrel (Petite Marie, petite Mary…) au concert de clôture en première partie des Innocents. Le 18 juin, elle sera sur ses terres à “Sans crier gare” de Lamothe Landerron, dans une gare désaffectée, le 26 juin au festival Côté Jardin, à Bonneville, en Dordogne, les 4 et 5 juillet au festival Poésie en arrosoir, en Suisse, les 7 et 8 à la Maison de la Poésie en Avignon et le 11, à la Ferme théâtre de Lablachère, en Haute-Vienne.

Torreton pour l’amour de la terre

Philippe Torreton, Richard Kolinka, Aristide Rosier
Philippe Torreton, Richard Kolinka et Aristide Rosier

Comme un con, j’ai cru que j’assistai cet hiver, à la Comédie des Champs-Elysées, à la dernière de « Nous y voilà! », concocté pendant les heures les plus lourdes du confinement par Philippe Torreton, Richard Kolinka, ancien batteur de Téléphone et le percussionniste Aristide Rosier. Nous-y revoilà donc. Ce chant à la sauvegarde de la terre, mosaïque constituée de poèmes de toutes parts, de textes indiens, sans oublier ceux de Torreton lui-même, le tout traversant traversant les siècles, réveillant le passé, annonçant le futur, craignant les sols qui craquèlent de plus en plus sous nos pieds, dans une actualité qui n’en finit pas d’agiter le chiffon rouge, est un moment de pure émotion et de folle énergie de la part de l’acteur récitant qui fait tout sauf réciter. Le dernier texte, de Jean Tardieu, « Comment ça va sur la terre ? » nous laisse partir sur un sourire. Tendre comme une ultime déclaration d’espoir.

Tesson joue au Pendu

On ne savait pas que Sylvain Tesson, qui vient de fêter ses cinquante ans, dessinait aussi.  Et depuis longtemps. Bien avant qu’il tombât du toit du chalet de son éditrice et se transforma en puzzle d’os en puzzle sous sa chair, puis se réveilla d’une semaine de coma en tentant de s’extirper du lit pour aller respirer l’air de la montagne. Me résultat s’intitule « Noir ». Attention, c’est du lourd au bout de la corde puisque la mort par pendaison et diverses variations de suicides nous pend aux yeux à chaque page d’un livre que n’ont pas craint de publier les éditions Albin Michel. Elles ont cru à mort au projet.

Invitation Pendaison de crémaillère

L’album s’ouvre par une série de textes. Tesson, qui a la langue bien pendue quand il le juge nécessaire, (sinon, sa nature est plutôt d’être un homme de silence), résume  en quelques lignes la genèse et le sens de son projet : « (…) l’homme se croit immortel. C’est sa grandeur, c’est sa faiblesse. Négligeant l’inéluctable, déniant le fait que tout se joue dans un sursis, il ignore l’urgence de jouir, ne sait pas aimer, ne se sent pas vivre, et perd son temps à râler contre les nids de poule dans les rues de Paris. Un jour il est trop tard. La mort le réclame. »

A cette publication plutôt hors du commun s’ajoute, jusqu’au 6 juin, une exposition à la galerie Vintage, 8, rue des Saints Pères, dans le VIIe arrondissement. Le carton d’invitation au cocktail (‘pendaison de crémaillère’) était assez collector comme on pourra en juger ci-dessous. Bien sûr on peut passer son chemin, mais ce sera pour aller se faire pendre ailleurs.

Des femmes et des lilas

Bonheur de renouer avec le Prix de la Closerie des Lilas, lequel a ressuscité après deux ans d’éclipse ( je me souviens, au plus fort du confinement, de l’établissement enfermé dans ses feuillages tandis qu’un véhicule estampillé ‘régulation de la circulation’ empruntait le boulevard du Montparnasse plus vide que vide (*). Oui j’étais dehors, la carte de presse n’a jamais autant servi).  Ce fut une jolie fête qui méritait bien de se retrouver dans les pages du Parisien Week-end et, même dématérialisées (quand nous serons dématérialisés nous-mêmes, redeviendrons-nous de simples âmes ?) dans celles-ci. Voici la lauréate, Eléna Piacentini pour « Les silences d’Ogliano », entourée de son éditeur, David Gressot et de son attachée de presse Anne Vuksanovic.

Eléna Piacentini, entourée de son éditeur David Gressot, et de sonn attachée de presse Anne Vuksanovic

Blondin en costume chic

Je ne comprends décidément rien à Instagram (il y a un tas de choses modernes auxquelles je ne comprends rien). Quand je clique, je vois défiler des images qui prennent congé sans me demander mon avis. A ce compte-là, c’est le cas de dire, je préfère regarder les gens qui passent dans la rue. Là, au moins, c’est la vie.

Les éditions le La table Ronde rééditent en poche, du grand Antoine Blondin, « Ma vie entre des lignes » (La petite vermillon, 499 paes, 11,20€) puis s’offrent un changement de format avec, du même auteur, sous couverture toilée, la ressortie de l’immortel « Un singe en hiver », illustré des photos du film qu’en tira Henri Verneuil, avec Gabin et Belmondo.

En prime quelques pages en fac-similés des carnets de l’auteur de celui qui, raccrochant sa véloce plume après avoir suivi vingt-sept Tour de France, déclara : « je n’ai qu’un seul regret, celui de ne pas m’être pas vu passer. »

Couverture Un singe en hiver

« Un singe en hiver »,  Antoine Blondin, éd. de la Table Ronde, 199 pages, 28€

Un an déjà et tranquillement. Avec vous, de bouche à oreille, l’aventure continue et pour des minutes de très longtemps.

Ps : n’oubliez pas que la rubrique L’invité(e) est pour vous. Un coup de cœur pour un livre ? Hop, envoyez-moi quelques lignes avec une photo de vous présentant l’ouvrage et une courte bio. Plus nous serons nombreux, plus ce sera trop mieux.

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