C’est proustement bien (et beau) !

Avec quelques jours de retard (ce qui est très chic), « Des minutes de lumière en plus » célèbre en un choix de six ouvrages, tous de nature différente, le centenaire de la mort de Marcel Proust (10 juillet 1871 – 18 novembre 1927) par ailleurs fêté à la BNF jusqu’au 23 janvier. Si vous partez à leur recherche en librairie, ce ne sera pas du temps perdu.

Mémoires Célestes. Les éditions Seghers, qui avaient connu une période de demi-sommeil, sont désormais bien réveillées avec une élégance dont nous avons déjà parlé ici et des rééditions (le contraire de reddition » qui rivalisent de diversité et d’originalité. Voici, avec les souvenirs de Céleste Albaret, née Gineste, qui, « montée » à Paris de sa Lozère natale, épousa Odilon, le chauffeur de Proust. Sur le fleuve de « La Recherche », elle fut Françoise. Dans le flot de la vie, elle a été, depuis 1913 jusqu’à la mort de l’écrivain en 1922, la gouvernante de l’écrivain, activement associée à son œuvre. Elle en tira, avec l’aide du journaliste et éditeur Georges Belmont, un témoignage passionnant publié en 1973. C’est ce texte, magnifiquement illustré par des œuvres sur papier de Stéphane Manel, que vous aurez entre les mains.

« Monsieur Proust », souvenirs recueillis de Céleste Albaret, dessins Stéphane Manel, adaptation Corinne Maier, éd. Seghers, 251 pages, 23,90€

Proust Seghers

Premières lectures. L’œuvre de Proust illustrait parfaitement ce qu’est, comme la mer résumée par Paul Valéry, l’aube : toujours recommencée. Les éditions de l’aube étaient hautement habilitées à se mêler de cet anniversaire et, s’appuyant sur cette phrase de l’auteur de La Recherche, « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons passés avec notre livre préféré », publie ces « Journées de lecture » illustré d’un trait énergique et clair qui parlera d’autant plus aux jeunes lecteurs déjà épris de littérature. Si, si ! Il y en a.

« Marcel Proust- Journées de lecture », illustré par Pascal Lemaître, éd l’aube, 139 pages, 15,90€

Proust Aube

Proust espion. Il y a longtemps que Marcel Proust s’est révélé être un compagnon de route de l’écrivain et essayiste Charles Dantzig. Jusqu’à ce que ce dernier nous immerge dans « Le grand livre de Proust » qu’il dirigea aux Belles Lettres et que France Culture en ai fait cette année son commissaire de l’année Proust. Immerger est d’ailleurs le juste mot puisque, sous le titre « Proust océan », l’auteur de « A propos des chefs- d’œuvres » nous livre un Proust dans ses deux dimensions : verticalité des profondeurs et ressac infini des horizons de lecture. Il y a des passages sensationnels – un mot si démodé – dans ce livre qui est tout sauf un exercice d’érudition compassée façon « regardez comme je connais bien mon sujet ». A commencer par ce constat faisant de ce génie de la littérature un traître à sa condition, le plus grand espion (de son) monde ».  Page 197 : « Tout grand livre est un attentat. Proust a trahi ce milieu qu’il avait couru et qui lui en a longtemps voulu. »

« Proust océan », de Charles Dantzig, éd. Grasset, 332 pages, 23 €

Dantzig

Gorgées de Proust. « Bon sang mais c’est bien sûr ! » s’exclamait, sous les traits du dessinateur Fred, l’inspecteur inventé par Marcel Gotlib, Philippe Delerm, révélateur de saveurs minuscules, avait forcément quelque chose de proustien. Comment ne m’en suis-je pas aperçu plus tôt ? Le professeur de français qu’il a été a donc choisi, sous des titres de chapitres toujours malins, de commenter une soixantaine d’extraits de « La Recherche » naturellement baptisés, on ne se refait pas, « Instantanés ». Avec, page 44, un mutin petit côté provocateur : « La Recherche du temps perdu » est un roman. Son sujet est des plus minces. C’est l’histoire de quelqu’un qui n’arrive pas à écrire un roman. Tous les rêves de création littéraire du narrateur ne débouchent que sur du vide. C’est seulement quand il les abandonne que le monde se met à lui parler (…) »

« Proust – Instantanés – extraits de la Recherche choisis et commentés par Philippe Delerm », éd. Points, coll. Le Goût des Mots, 272 pages, 10,90€

Delerm

Au plaisir des jours. En 1896, à 25 ans, l’entrée de Proust en religion de littérature portait l’un des titres les plus beaux donnés à un livre : « Les Plaisirs et les jours ». Et c’était chez Calmann-Lévy, une maison qui existait déjà depuis 60 ans. Revoici cet ouvrage à facettes – il compte aussi des portraits de peintres et de musiciens en poèmes – des fac-similés de partitions, reproduit tel quel sous la même bannière et soutenu par la délicatesse absolue des illustrations de Madeleine Lemaire (1845-1928) qui fut l’inspiratrice de Madame Verdurin. On trouve aussi dans cette collection un autre fabuleux Pierre Loti. A tous les amateurs de Proust, ce volume aux charmes multiples fera plaisir tous les jours.

« Les Plaisirs et les Jours », de Marcel Proust, éd. Calmann-Lévy, 279 pages, 35€

Proust Calmann

Trésor Naturel.C’est peut-être un peu plus qu’un album : par sa richesse iconographique, un véritable petit trésor. Préfacé par l’arrière-petite-nièce de Marcel Proust, Patricia Mante-Proust, laquelle ne manque ni d’humour ni d’humilité. « Dédramatiser », dit-elle, avant d’être aujourd’hui admirative d’une telle ascendance. Mais tout de même: « Grandir dans un tel milieu est un privilège, celui qui vous ouvre à la culture et à ce qui vous entoure. Pour autant, en quoi cela devait-il faire de moi une jeune femme sage qui s’habillerait dans des robes surannées et s’exprimerait par des phrases interminables ? »  Mireille Naturel, spécialiste incontestée de Proust, maître de conférences émérite, signe ce merveilleux ouvrage. Elle préside aujourd’hui les Rencontres internationales proustiennes d’Illiers-Combray. Saluons, quitte à être trivial, ce détail qui a son importance au regard de la classe et de la beauté de l’objet, son prix: à peine 30 euros! Ce qui le rend encore un peu plus cher à mon coeur.

« Marcel Proust – L’arche et la colombe », éd. Michel Lafon, 191 pages, 29,95€

Proust Lafon
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