L’insoupçonnable aventure !

Dans son premier roman, « L’insoupçonnable héritage de monsieur Meyer », Ariel Sibony pousse les portes d’un aventureux secret de famille qui surprend la famille elle-même et emmène le narrateur dans un voyage initiatique autour du monde. Divertissant mais pas seulement.

Les doubles vies sont d’aventures. Au double sens du terme. S’ils n’habitaient pas les éthers de l’imaginaire, les personnages qu’incarna Belmondo signeraient des deux mains cette affirmation pour confirmation. La mère du personnage central de ce roman qui danse un surprenant tango entre expérience et fiction – mais pour chacune et chacun d’entre nous l’existence n’est jamais autre chose qu’un roman vrai – a bien prévenu son fils : « La vie d’un homme réserve bien des surprises ». Ariel Sibony, galeriste place des Vosges, n’a pas voulu traverser la sienne sans voir du pays. Le sien fut un tour du monde. Au retour, il n’a pas résisté à récidiver pour cette traversée solitaire sans GPS, et parfois sans sextant, qui s’appelle le roman.

Le sien aurait sans doute mérité ici et là un peu plus d’attention de la part de l’éditeur. Ce sont des détails mais le diable est dans les détails et le travail d’affinage et de relecture est malheureusement, parfois, de plus en plus négligé. En revanche, le titre de ce premier galop ne ment pas sur la marchandise. Alexandre (avec un A comme Ariel), fils de Jakob Meyer (avec un J comme celui de sa galerie), s’apprête justement à abandonner la sienne lorsque sa sœur l’appelle : leur père est au plus mal. Et le mal vire à l’ultime. Jakob laisse le souvenir d’un homme pas franchement boute-en-train et surtout totalement indifférent à l’amour filial.

Chez le notaire, la répartition d’un patrimoine… insoupçonné vaut à son fils la surprise du chef : Alexandre repart avec un carton qui sent bon la cave et tout ce qu’il contient d’un petit fourbi de passé. Des enveloppes, notamment. Des photos. Jusqu’au bout se dit le malheureux Alexandre, Jakob l’aura donc tenu pour part négligeable de la famille.

C’est sur ce postulat que le film panoramique commence. Et que les mânes d’un Bébel, version voyage initiatique à rebours, dansent, plus qu’un surprenant tango (voir plus haut), une folle sarabande. Les sarabandes sont toujours folles, c’est bien connu.

Ariel Sibony. Photo Steeve Pot
Ariel Sibony. Photo Steeve Pot

Car le carton était une pochette surprise. Et les vestiges de marché aux puces que croyait y trouver Alexandre se révèlent à leur façon une lampe d’Aladin reconvertie en boule à facettes. Après avoir convoqué sa femme et sa famille, l’intéressé s’envole pour l’Argentine, puis fait escale au Brésil, puis en Chine, puis au Vietnam. Ce roman ne brillera pas par son empreinte carbone mais il dit beaucoup du secret qui couve sous nos proches, et des plus taiseux. Pas mal de gens s’y divertiront autant qu’ils pourront s’y reconnaître.

Certes, l’auteur, né de condition modeste à Casablanca, n’y va pas mollo sur les épices. La C.I.A est sur le coup. Il ne se prive pas non plus d’une touchante addiction aux clichés. Les jambes des femmes de rencontre y sont gainées de nylon. Les silhouettes sculptées pourraient inspirer le dessinateur Milo Manara. Il y a du S.A.S chez Sibony. Les hommes sont moins bien servis. Physiquement, le notaire est à fuir. C’est un mélange de Francis Bacon et de Vélasquez quand il était de mauvais poil.

Quant à la fin, elle remet l’église au milieu du village. A trop pousser de portes, il y en a toujours une qui vous revient dans la figure.

 « L’Insoupçonnable héritage de monsieur Meyer », de Ariel Sibony, éd. Ramsay, 355 pages, 19€

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