Un inventeur, deux grands-mères et une maison

L’un a vocation d’honorer la notion de patrimoine (en lui ajoutant un s), à travers le talent littéraire. L’autre, par le même canal, augmente chaque année le patrimoine des jeunes vocations. Deux prix prestigieux ont été remis cette semaine en des lieux qui ne le sont pas moins.

La première de ces récompenses, dont c’était la sixième édition, s’appelle Prix Patrimoines Louvre Banque Privée, mécéné par la banque du même nom. Il portait jusqu’à présent le nom Banque Postale Européenne. Créé par Jean-Marc Ribes, Président du Directoire de l’établissement, son jury est constitué pour sa large majorité d’écrivains et de journalistes culturels, invités à couronner un roman qui « célèbre la langue française et porte un regard sur la société et le monde tels qu’ils sont ». Remis le 19 septembre dernier dans le somptueux Salon d’Honneur de l’Hôtel de la Monnaie, quai de Conti, où se tient encore – mais jusqu’au 25, vite vite ! * – la très passionnante et surprenante exposition « Monnaies et merveilles ». C’est un voyage dans le temps au fil des diverses représentations de ce que furent les objets qui servirent de moyens de paiement. Il fallait de costauds porte-monnaie !  

Miguel Bonnefoy, lauréat du Prix Patrimoines
Miguel Bonnefoy, lauréat du Prix Patrimoines

Le prix est allé à Miguel Bonnefoy, 35 ans, pour « L’Inventeur », son cinquième roman publié aux éditions Rivages. Il y est question d’Augustin Mouchot (1825-1912), fils de serrurier de Semur-en-Auxois, en Bourgogne, découvreur de l’énergie solaire. L’objet qu’il fabriqua, ancêtre de la cocotte-minute, était capable de produire de la vapeur par la seule force du soleil. Mouchot, qui était professeur de mathématiques, faillit bien devenir riche et célèbre mais les choses tournèrent autrement.

Jean-Marc Ribes regarde Daniel Picouly dans le blanc des yeux
Jean-Marc Ribes regarde Daniel Picouly dans le blanc des yeux

Bonnefoy ressuscite avec une virevoltante élégance ce destin oublié qui résonne plus que jamais avec nos nouveaux comportements. Dans un discours aussi énergique qu’éblouissant, l’écrivain, qui aurait bien mérité, soit dit au passage, de figurer sur la liste des Goncourt, s’est bien amusé à constater qu’à l’époque les banques fermaient leur porte au nez du malheureux ingénieur, lequel, cent ans après sa mort, voit sa trajectoire enfin distinguée par…une banque. Comme quoi tout arrive sous notre soleil.

Diadié Dembélé, Prix Bleustein-Blanchet Littéraire
Diadié Dembélé, Prix Littéraire de la Vocation Bleustein-Blanchet

Cette même semaine, jeudi 21, c’est à ciel ouvert sous l’astre solaire qu’ont été mis en lumière, sur la terrasse Publicis des Champs-Elysées, les nouveaux lauréats du Prix de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet de la Vocation qu’anime Sabine Van Vlaenderen Badinter, dans le domaines romanesque et poétique. Pour y participer, il faut être âgé de 18 à 30 ans. Ces catégories se sont respectivement ajoutées à de nombreuses autres en 1976 puis 1984. L’Arc de Triomphe veille en voisin, de façon tout à fait symbolique, sur la cérémonie. Parmi les jurés figurent d’anciens lauréats, des écrivains, des journalistes, des poètes, des chercheurs, des éditeurs, un professeur émérite de paléontologie, un metteur en scène d’opéras et de théâtre, un immortel… N’en jetez plus, en tout cas pas de la terrasse !

Le prix littéraire, doté de 10 000 euros, est revenu à Dadié Dembélé, originaire du Mali, pour son premier roman « Le duel des grands-mères » aux éditions JCLattès. Il y raconte l’histoire d’Hamet, un gamin de Bamako, feu follet d’enfance pour qui les chemins de l’école et de l’obéissance ne sont pas ses préférés. Mais Hamet parle le français « mieux que les Français de France ».

Alix Lerasle, prix Bleustein-Blanchet de la Poésie
Alix Lerasle, prix de la Vocation Bleustein-Blanchet de la Poésie

Le voilà envoyé chez ses grands-mères, contraint de se frotter à ses racines qui nourriront son arbre de vie. L’auteur de ce roman notamment salué par Mohamed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021, a fait rire l’assistance en avouant qu’il avait longtemps cru que les écrivains étaient forcément morts. C’est en cherchant la date de décès d’un romancier, et ne la trouvant pas, qu’il comprit qu’il existait des écrivains vivants.

Le jury de la Vocation
Le Jury de la Vocation

Côté poésie, et son enveloppe de 5000 euros, Alix Lerasle a été désignée pour un ouvrage que l’on ne trouvera pas immédiatement en librairie et qui s’intitule « Faut-il des murs pour construire une maison ? ». Publié aux éditions du Cheyne, le recueil paraîtra courant novembre ou décembre. L’année prochaine, son auteure participera aux Lectures sous l’Arbre, qu’organise chaque mois d’août le Cheyne éditeur au Chambon-sur Lignon en Haute-Loire, ainsi qu’au Printemps des Poètes tant il est vrai qu’en poésie, tout rebondit de soleil en printemps.

*11, quai de Conti, Paris 6ème.  De 11heures à 18heures. 12€. TR : 10€ Gratuit moins de 26 ans.

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