“Je est un autre” façon Conrad

Elle est loin d’être la plus connue des nouvelles de Joseph Conrad et pourtant, aux yeux de notre invité Denis Labayle, sur le thème du double et dans une remarquable traduction, elle se révèle l’une des plus envoûtantes.

Etrange plaisir que de transmettre la jouissance à la lecture d’un bijou littéraire dont on ignorait l’existence. J’étais passé à côté de cette longue nouvelle intitulée Le compagnon secret, écrite par Joseph Conrad en 1910. Moins célèbre que Typhon, Lord Jim, ou au cœur des ténèbres, ce texte est pour moi l’un des meilleurs de ce génie de la littérature. Les éditions Ginkgo le font renaître dans un livre élégant, avec une couverture subtile, une impression parfaite. Un objet que l’on tient avec sensualité dans la main.

Et puis quel texte et quelle traduction ! Je laisse au lecteur le bonheur de retrouver le style de Conrad, si fluide, su spécifique, si harmonieux. L’histoire n’en est pas moins brillante. Rencontre étonnante un soir de quart, dans la nuit noire, entre le jeune capitaine du navire et in inconnu qui s’accroche à un filin. Le mystérieux nageur paraît épuisé et demande de l’aide. Il est lui-même officier mais vient d’une autre navire qui mouille dans la crique toute proche. Mis aux arrêts pour avoir tué un membre de son équipage, il a pris la fuite. Entre ces deux personnages qui se ressemblent étrangement tant par le physique que par le caractère, se crée un lien secret, une complicité dans le chuchotement, dans l’ombre de la cabine du capitaine où le clandestin trouve refuge. Comment le protecteur arrivera-t-il à éviter au fuyard les regards soupçonneux de l’équipage et les officiers du bâtiment voisin partis à la recherche ? L’auteur a ce génie de nous tenir en haleine du début à la fin de son récit avec une simplicité déconcertante. Et au-delà, il nous entraîne dans une réflexion sur l’autre, quand il devient un double de soi-même. A savourer absolument.

Denis Labayle

« Le compagnon secret », de Joseph Conrad, éd. Gingko, 117 pages, 7 €

0 commentaire
3 likes
Article précédent : Quand Proust valsait avec StrausArticle suivant : Le Magnificat d’Appelfeld

Publier un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers Articles
Les articles les plus populaires
Archives