Le mal d’amour soluble dans Desnos

Par Jean Michel Ulmann

Accompagner le poète Robert Desnos dans la cruelle dernière année de sa vie pour remettre à sa juste place la banalité d’une rupture amoureuse : c’est le pari romanesque et poétique de l’écrivain et journaliste Yann Verdo pour remettre à l’heure la pendule des coeurs.

Rêveur éveillé, Robert Desnos (1900-1945) posait sur le monde un regard extralucide. Il y voyait clair et vivait sa parole en actes. Poète en apesanteur, il a porté sa liberté comme une croix de gloire jusqu’à en mourir. Antifasciste résolu, résistant dès 1942, arrêté, torturé, déporté, ce combattant de l’ombre n’a rendu l’âme dans les bras d’une infirmière tchécoslovaque qu’après la libération du camp de concentration de Therensienstadt où il avait échoué après une infernale marche forcée. Rongé par le typhus, épuisé, en dépit de sa volonté de survivre jusqu’à son retour auprès de Youki, sa compagne, il aura rendu les armes en homme libre. Pour suivre les derniers mois de la vie de Desnos – de son arrestation le 24 février 1944 à sa mort le 8 juin 1945 – Yann Verdo ne pouvait mieux faire que mettre en miroir l’histoire d’une rupture amoureuse d’aujourd’hui avec la puissance d’une vie et d’une œuvre. C’est une histoire toute mince qui est le noyau de ce récit : celle d’un homme qui rencontre une femme dans une librairie, lui offre Corps et biens, du poète jusqu’à ce que leur liaison sombre à son tour corps et biens.

Yann Verdo. Photo: Jean-Nicholas Guillo
Yann Verdo. Photo: Jean-Nicholas Guillo

Le principe était audacieux : faire infuser le caractère, somme toute banal, d’un accroc sentimental, dans une vie et une œuvre d’une force et d’une tendresse fracassantes, provoque un effet radical : celui de montrer combien sont dérisoires sont nos peines de cœur. Ce compagnonnage, Yann Verdo, journaliste scientifique aux Echos, essayiste (« Le violon d’Einstein »), romancier, déjà auteur, au Rocher, de « Noone ou Le marin sans mémoire », le raconte avec une infinie humilité. Sa voix murmure entre les lignes de vie de Desnos sans jamais les parasiter.

« Dans bien longtemps tu m’as aimé », de Yann Verdo, éd. du Rocher, 217 pages, 18,50 €

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